Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /Avr /2007 23:11

 

 
Impros
 
 
 
05.02 :
J’ai un besoin énorme de partir, ma peau réclame me réclame le soleil mes poumons l’oxygène de l’instant après la pluie et qu’un nuage crève d’un rayon… j’ai besoin de m’en aller, de prendre mes livres et mes dossiers, lire et écrire écrire et lire, rien de plus ne m’intéresse…
j'ai beau mentir aux gens quand ils me demandent ce que je vais faire quand je serai grand (ou alors complètement petit, écrasé, soumis à eux), leur dire l’édition le journalisme la critique ça m’intéresse, c’est faux, complètement, je m’en fous royalement… je le dis et le construis pour justifier ma présence ici mais quoi qu’est-ce que j’en ai à foutre de leur merde de leur fric de leurs pouvoirs… et puis peur de perdre le contact avec les gens simples de me faire tordre l’esprit — j’ai pas envie d’être comme eux, je préfère rester hystérique malade de l’utérus non forcément régression vers mais désir d’être de ne plus assumer le sexe masculin la paie les papiers tous ces machins à remplir ces trucs bidules je m’en fous crotte de chien ce que je veux c’est écrire.
… mais…
                  aujourd’hui c’est la fac et demain ?
encore encore
rôle à tenir
je suis un mec quoi !
Allons ! accumule diplômes expériences service militaire regard sur les nanas les bagnoles les télés les chiens intéresse-toi au tout-rien aux machines électroniques-au-bonheur, et onfradtoi un homme un vrai un dur un tatué un flingué tronchard un machin truc outil balaise for the production, allez viens machin ! viens vendre les assurances Gan viens ranger des livres faire des hamburbeurk allons viens prends soin de laisser ton intelligence antisociale au vestiaire bien accrochée au portemanteau de l’oubli ah oui c’est ça !
NON j’ai pas voulu vendre des assurances à de pauvres gens
pas plus que ranger des livres dans une bibliothèque, et l’autre conne qui trouvait que je faisais pas sérieux abandonner le théâtre le Mc Do parce que j’aimais pas les gens parce que je refuse de me plier à une discipline putain chien je m’en fous qu’est-ce que vous voulez faire plus tard ? — et allez c’est r’parti pour un tour de con à aller mentir vomir dire mourir cui-cui je m’en fous vous des chiens vous des outils pas moi veux pas bouh je ne veux être taché de votre boue
PSY ? — clac ! rentrer dans les rangs dans les ordres devenir un curé de l’habitude avec télé à vision raller voter pour des pions échec aux mats je suis noir merde caca d’ulcéreux pas votre merde molle d’ennui
la mort c’est vous paraît-il
je n’en veux pas je veux pas de votre mort la mort c’est la réalité je fuis je fus fini fuite fin rêvé peut-être ou ne pas être le couteau et la plaie l’assassin et la victime chié con ! vous voudriez que j’aille à con-fesse comme tout le monde baise mon pote baise et tu s’ras un homme un vrai un mort je ne veux pas de mors aux dents je suis mal au pas je veux galoper votre trot militaire m’exaspère votre tropeu me tue je veux rien de tout ça je veux vivre laissez-moi aller comme je le souhaite laissez-moi être malade hystérus ah dieux !!...
Il aurait fallu avoir du génie oublier la réalité mais no possibeul because cul entre two chaises ou rien c’est pareil
crever tout ça
un style vite un style !
mais quand
un style sans travail sur papier ? sans être l’O. S. du stylo ? c’est là l’os
la la la on me la fera encore à la chansonnette cirque que tout ça !
je ne suis pas assez fou pas du tout fou pas un brin que dalle la psy chose obsessionnelle ah oui crever parlons-en !
je blabaltère comme un drolemadaire derche cul le drolemadercheché !! checheche gougougou gourou mort je veux plus gourou gourou dans la fosse spe ble ble gagatisme je suis un vieux
                     rat !
aaaah… je rote rate rite rut
pouf ! glou
il faudrait il faudrait trouver un trouver un — ??
un moi autre que celui que je veux inventer me faire croire
ah je ne suis pas fou je ne suis pas Arthur Amadeus Van Gogh je ne sais pas encore oublier le monde je vous dis cul entre 2 chaises
pas à l’aise
malaise
rimes faciles rythme incertain
qui suis-je à vouloir ?
mourir…
 
 
 
07.02 (soir) :
impro à partir du fait que j’ai envie de soleil
que je respire très mal à cause du brouillard
que j’ai envie de vivre
je suis très las peu là mais en excellente forme j’ai connu des temps de profondes tristesses où mon corps suivait dans ce grand noir océan gens devenez violons tout ça glougla ça m’amuse de mettre des onamo-anomo-onamo-manoo-ophtalomo-gloglo-serre-erre rance toi la gueule de veau en sauce pi menthe heure qu’il est à toi maison et lumière erre panier à provisions et gnons gong Kong rong ring round o clock qui pète pite pute pâte chienchien mimmini latin rinrin vlanvlan Montauban de poison et lumière erre son long guêt telui dans le puits épuise tu m’épuises Jean-Albert Mazaud zozo coco lolo roro momo Artaud tal râle mâle mal sale in the caca doigt digital clatèle vandale où je marche rache rage clan pan man zan fend gant gland euh reu meuh…
 
 
 
21.02.89 :
Se souvenir garder dans mes pores dans mon sang cet état de délabrement dans lequel je suis actuellement que je traverse, ça pourra toujours alimenter de près ou de loin un pou plusieurs de mes personnages…
 
 
 
24.02 :
je me bats contre moi je me force à me laver à travailler à prendre des notes sur mes carnets mais j’ai envie de me laisser aller fondre dans une boue comme Robinson et il faut pourtant que je me batte que je vainque
 
 
 
26-03 :
Je suis avec Léo Ferré et une femme de la quarantaine dans ma chambre : nous représentons les 3 générations. On écrit tous les trois, je veux dire on est tous les trois des écrivains. Je tiens dans la main un livre de Ferré : je dis que c’est merveilleux car dans quelques années on trouvera les phrases percutantes de Ferré dans les livres de philo de Terminale. Il explique tout, dis-je, dans un développement puis résume à la fin avec quelques phrases blasphématoires et recommence à chaque paragraphe. Ferré me demande si j’écris en ce moment : je lui dis que j’écris un peu.
 
 
 
Voilà — on est le 19 avril et je suis rentré depuis 3 jours.
Voilà — il me faut écrire encore —
écrire quoi et derrière ce quoi quel signe mettre : un ! ou un ? ou encore un . ou même des … Admettons qu’on retire le sens de la phrase ou même prenons que la seconde moitié —partir des deux points et voyez ce que ça donne !
mais d’abord d’abord — écrire…
 
 
 
et maintenant ?
maintenant — écrire ?
écrire écrire oui écrire…
écrire ce
               détachement…
je vais dans la rue prends le métro le bus parle à des gens vais en bibliothèque — mais il me semble ne pas appartenir à ce monde je ne fais pas la différence entre trois mondes : celui de la réalité, celui de mes lectures, celui de mon roman. Je vois les images, suis dedans, mais je sais que je tiens un stylo — un livre — ou ma pensée… et pourtant :
JE NE SUIS PAS FOU !
je ne veux pas être FOU je ne veux pas le faire croire !
si j’étais délirant je ne pourrais écrire — et je VEUX, je DOIS écrire…
alors pourquoi cette sensation ?
je refuse d’être FOU aliénant aliéné
— et maintenant ?
maintenant…
j’ai conscience du retard que j’ai et pourtant je m’en moque tout en m’y mettant doucement — sans y penser — avec détachement — …
je sais que j’aurai cette maîtrise et puis ces ⅔ de licence mais je m’en moque c’est pas vital pour moi
écrire l’est maintenant — sans aucun doute !
je ne sais ce que cela veut dire
mais il y a deux mots qui résonnent :
VITAL et VITALITE
VITALE VITALITE !!
et puis aussi — comme je l’ai noté quelque part :
écrire comme on se soûlerait, pour se sentir supérieur, pour vaincre l’écrasement, ce sentiment d’infériorité
peut-être encore : brandir mon stylo face à une feuille comme un fallus devant une femme et même pour mon cas devant sa femme, et pénétrer le stylo dans la feuille, la dépuceler…
se couvrir de gloire aussi, peut-être, cet arrivisme !
mais l’arrivisme n’est qu’une vengeance
me venger de quoi ?
du sarcasme ?
du fait que l’on soit mis toujours en inférieur pour ses capacités parce qu’on est inférieur en taille
mais je sais bien que ce n’est pas à l’écriture de vaincre ça, seulement à l’analyse…
pourtant si je ferme ma gueule ça va pas beaucoup avancer !
 
 
 
19-04 (soir) :
et puis il y a cette impression : je me dis tiens ! j’ai fait ce rêve cette nuit ! et puis je m’aperçois que ce n’est pas un rêve mais quelque chose que j’ai vécu et qui revient comme un boomerang au ralenti lancé d’un muscle atrophié — la métaphore est la pire rigolade, mais pourquoi ces distorsions de la réalité ? et pourquoi cette sensation du corps de ne pas en avoir, ou plutôt d’avoir un tronc et une tête mais ni de jambes ni de bras, qu’ils ont été collés là par erreur ? Il faudrait une grande souffrance, ou un franc rire. Etre enfin…
 
 
 
22.04 :
c’est la souffrance qui actuellement me fait croire que j’existe…
… ce microbe
                        vague
                                    indistinct
                                                   insaisissable
                                                                        qui se balade quelque part au fond d’une alvéole intestinale
et ces épaules
chargées
je croyais que la souffrance était un fardeau en fait c’est un costume costume que j’ai retrouvé après un mois, bien lavé, et repassé, mais après une semaine de mise (à mort) il sent déjà — sueur et puanteur de la ville…
costume donc
costume de scène
costume de souffrance souffre rance souffle lance l’importance des mots !
pour se sentir exister — aussi ! — comment dire… VRAIMENT… et dans ce mot le paradoxe ! — : vrai et ment — oui le vrai ment — l’illusion l’illusion toujours l’illusion ça me poursuit !
scène de foule : c’est dans ces moment-là que je me sens
détaché
que je sais n’appartenir à la scène, que je me sens immatériel — non : incorporel — et à peine la cogne d’une épaule me rappelle l’existence… et puis les odeurs de merde de moutarde de cul de parfums de sentiments…
donc on en était à : se sentir exister… (parenthèse de l’inconscient, l’inconscient n’est que parenthèses de mots et phrases poétiques si on ne le bride pas, si on ne lui attache pas le cordon de la raison — ah ne pas être délirant ! —) exister : il faudrait la jouissance extrême !!! — extrême oui ARRACHEE A LA REALITE PRIS VOLE cococol ! coq coque cri qui vous rappelle : réalité. (oui un point)
rêve inoculé
et je ne je n’ai que jouissances petites mesquines — qui ne sont que faible apaisement, répit à
la souffrance souffrance comme costume de fer — armure !
(c’est ça : la bagarre ! Réalité-bagarre)
ce n’est même plus un costume de scène : non : un costume de chaîne, terme plus heureux mais je n’aime pas ce mot : terme — il vous donne un air de fin d’achevé — le mot n’est jamais arrêté la phrase a des possibles que l’inconscient seul connaît — il faudrait savoir lire les yeux fermés — étrangeté : les aveugles lisent le BRAILLE ! comme si ce n’était plus une lecture mais une engueulade de 250 pages une franche rigolade ! lire dans la nuit ne serait plus silencieux on retrouverait les plaisirs du Moyen Age… braille donc ! la lecture comme un cri et l’écriture comme un murmure… il faudrait pouvoir écrire le murmure et ne pas s’emmurer ne plus lire être enfin …
écrire comme on pousserait des plaintes d’amour
rêver comme —
souffrir comme —
come-back retour à la déchirure, première, éternelle, pas encore d’éternel — rien — que dalle à l’horizon céleste — Dionysos bien sûr mais lui attend ah sagement son heure, sonneur ! — pas de messie qui vous dirait : mais si mais si t’existes !
il est là en plus ! je veux dire : en moi, et ce couillon ne sort pas
oui il faudrait que cette souffrance mazauchiste se transforme en joie ! en jouissance…
attendre attendre
toujours…
 
 
 
28 mai :
Je suis dans un endroit, neutre… sur mon lit… blessé, ou malade… en compagnie d’Isabelle, camarade de fac… je suis nu, aucun drap ne me couvre… j’ai peut-être un mal ou une cicatrice au ventre, qu’elle veut voir, je lui montre en essayant de lui cacher mon sexe… mais elle délie mes mains et saisit mon sexe, peu à peu le suce délicatement… je m’abandonne, pense : elle est enceinte de six mois et elle me suce la bite…
 
 
 
25-06 :
brisé — éclaté — ce corps qu’il faut retrouver — ce corps ce corps… les angoisses existentielles — à en éclater de rire ! disperser sa chair, ses membres, ses corps — j’en parle comme si tout cela n’était pas à moi, comme si ce n’était pas MOI — il faudrait des mois… jeu de style, je de lettres, je — quoi je ? je être pas moi ? uuuhuuu !... glouglou miaou-miaou !
ces déchirures qui s’agrandissent, ce bubon dans lequel j’introduis une aiguille chauffée à blanc — cette marque de pestiféré qui résiste, dont le pus ne coule que goutte à goutte de cyanure, d’acide, de brûlure — suicide de mensonge, crier !! TOUT — mon corps oublié, mes mots — s’échappe, je ne suis rien, RIEN, c’est-à-dire pas UN, divisible oui, oublier oublier… quoi et quoi hein ? rien… pas de mémoires, pas de passés, pas d’histoires… nous y revoilà à Jussieu, licence d’un passé qui ne serait le mien qu’intégré, une sorte d’inconscient du plus loin, apprendre l’histoire des autres puisque avant je n’étais que préhistorique, oui vagues souvenirs, des traces archéologiques sans chronologie
 
 
 
Rêve du 23.06.89 :
… bout de rêve… j’entre dans un bureau où il y a deux secrétaires… je ne me souviens plus bien… c’est un grand bureau avec des stores tirés à moitié, pignon sur rue d’où je viens, couleurs claires, agréables… peut-être est-ce un bureau de police… je pense qu’il faudrait que les deux secrétaires s’en aillent… une femme enceinte entre — c’est moi ! mais en même temps pourtant avec la même image, je suis comme une caméra… elle invente quelque chose pour faire sortir les deux secrétaires… je ne me souviens plus — plus d’images… je sais que la femme tue sauvagement les deux secrétaires… je me réveille…
 
 
 

de l’autre côté de mes déchirures : Corinne…
amoureux d’elle bien sûr bien sûr…
amoureuse de moi peut-être peut-être… elle le dit du moins — on s’en est aperçu en tout cas quand chacun de nous était avec un une autre… on se le dit maintenant que nous nous aimons, oui : NOUS NOUS AIMONS.
drôle non
quelques mois qu’on ne s’était vu et on s’est retrouvé dans une fête de 500 personnes qui nous ont barré la route : quoi ?! vous ?! à chacun une vie ?! et vous vous touchez comme un couple !
flic social encore bâton en croûte — haine de moi
hargne — dents en sang — dracul — soupçon soupçon…
aimer une femme comme on ne l’a jamais supposé
je l’ai même désirée
mais sexe ! arrêt sur image-désir, sur déchirure-mensonge, sur écorchure-caillou, suspens-suspens, meurtre !
pas à la hauteur mec ! trop petit… c’est ça ouais besoin d’un escabeau bal-bla-bla toutes ces conneries qu’on m’a sorties depuis un temps, x temps, depuis y temps (mais plus ou moins !?), tableau de variations — manque de nuances chez eux il est vrai — trop petit donc pour TOUT, je suis un rien…
meurtrissures, blessures, le sang Iago c’est pas grand-chose, c’est le sel qui fait mal… saigner non ce n’est rien, c’est couler qui l’est…
bonbon
casse
comment réintégrer un corps ?
ou plutôt : comment recoller ses bouts — que dis-je : mes bouts ? qui suis-je donc…
quand on pense que on est.
quand on pense que on est. Répétée, on sait jamais !
mais quand on pense à on n’est pas, j’imagine je ne suis pas je divague je me perds le bouchon en liège que je n’ose plus poussé de crainte qu’il ne revienne marque d’autisme incestum opposé au sacra
le sacré donc, et tous ces dieux qui se baladent, Dionysos et Orphée
Barbara magnifiée, déifiée — mais normal elle est ma mie, ma moitié — dieu donc je suis…
un bout de phrase qui me revient : mourir c’est accepter — je suis immortel…
drôle d’homme n’est-ce pas oui homme 23 balais ou plutôt 23 ballets, rigodons, cavatines… il aurait fallu être un artiste mais manque de pénis
toujours ça n’est-ce pas : un gland que je suis…
mais un qui souffrirait au contact du chaud du sexe à l’opposé
ça sera tant pis pour moi…
j’en finis pas de mourir — à quand la fin ?
fin ou début ? — 
à quand la grande souffrance, la délivrance…
sauvez-moi.
 
 
 
10.09.89 :
J’ai joué au tennis avec Jean-Luc. Je croyais que j’avais du mal à entrer dans le match, à me concentrer. En fait, j’avais du mal à sentir mon corps, mes bras et mes jambes surtout. J’étais obligé de courir, m’exciter pour les sentir. J’ai besoin de solitude. Comment désirer que des corps étrangers me côtoient alors que je n’arrive pas à ressentir le mien, un, unique ?
 
 
 
Note du 30/09/89 :
J’ai l’impression d’ouvrir des portes — d’ouvrir, ouvrir et encore ouvrir des portes — mais je n’entre pas dans les salles — un peu comme si c’était des salles de tableaux, et je ne jetterai que des coups d’œil superficiels aux tableaux que j’ai dans l’angle de vision — aucune vraie analyse, aucune découverte d’une peinture, d’un style, de mon style, de mon moi, de ce qui se passe dans ma putain de caboche qui ne veut rien lâcher, pas une once de souvenirs, pas un brin d’intelligence… je reste impuissant face à tous ces mots, ces choses, ces actes auxquels j’aspire et que je ne fais pas — et je suis lucide quant à l’utilisation des mots que j’emploie. Je manque de limites, tout est flou dans ma tête, je mélange, m’embrouille, où sont les frontières ? ou peut-être en ai-je trop ? Et j’oublie, j’oublie des choses un peu partout, chez moi, au collège, j’oublie de poster une lettre, tout me paraît fardeau, le moindre geste quotidien (travailler au collège, porter des feuilles de maladie, m’inscrire quelque part, etc.) me donne des maux de crâne qui partent quand j’ai fini avec eux — et je ne suis même pas fatigué.
Que se passe-t-il ?
 
 
 
J’ai l’impression d’être plus engagé dans les livres (les bons, je veux dire) que dans la vie. Quand je sors d’un livre pour entrer dans la réalité, j’ai l’impression d’être sorti de ma réalité pour entrer entre deux pages de leur Livre.
J’aurais pu ajouter : et ne parlons même pas quand je sors de mes livres… Mais enfin bon, voilà la littérature c’est fini : je n’aime plus la femme avec qui j’ai partagé 3 ans de ma vie.
 
 
 
21 ou 22 environ 11 :
Oh vous, futur Mazaud, souvenez-vous de cette note, de ces nuits sans sommeils, de cette haine pesante (je ne méprise pas les gens, je les hais, au plus profond de mes fibres — que j’aimerais fondre dans une foule où l’on ne reconnaît personne et pour qui vous n’êtes personne), de cet arrachement, cette brûlure, ce mal au bide, cette bile qui remonte, tout ce dégueuli sans cesse (et je ne fais que vomir en moi), toute cette fatigue, cette peur, cette mort, ce foutre-dieu balle dans la tête, ce poignard dans le ventre, oh quels désirs
souvenez-vous futur Mazaud
souvenez-vous de ce rien qui vous inventera
peut-être vous n’êtes rien sans lui, ne le
répudiez pas même quand vous serez peinard, refusez
de l’être, soyez à jamais
l’être ininstallé,
LE MAUDIT, l’Artaud.
 
 
 
Je rêve d’avoir un polaroïd dans mes rêves pour photographier les images de mes rêves, ou bien posséder le langage de telle façon que mes mots-photos frappent le lecteur-voyeur (ah être un voyant !).
 
 
 
13/12/89 :
J’avais fait mon explication de texte sur Lorenzaccio (A III sc 3, « Tu ne sauras jamais… leur cervelle ampoulée »). J’étais sûr de moi disons jusque deux heures avant de passer.
Je suis arrivé tremblant et j’ai commencé en donnant l’impression d’être maître de moi. Tout était rédigé et je n’avais plus qu’à dire mon texte.
J’ai commencé et personne ou presque ne prenait de notes. Il me semblait que les gens m’écoutaient polis. A part un soufflement d’une fille et de son — il me semble — « c’est chiant », pas un bruit (je n’ai pas su qui elle était et les autres me regardaient comme des murs). Je jetais des coups d’œil inquiet vers la montre, je ne me tournais jamais vers le prof pour voir sa désapprobation, et enfin j’ai vu ma dernière page avec un grand soulagement : mon explication avait duré entre 35 et 40 minutes et je pensais m’être planté complètement.
Et puis le prof a dit : c’est très bien — et dans la salle deux ou trois approbations du même style. Je baisse les yeux en pensant que ça aura plu à quelques-uns. Après la correction, intercours : plusieurs étudiants sont venus me dire que c’était très bien ; une fille est venue me demander ma bibliographie ; un garçon m’a dit que c’était la première fois qu’il ne dormait pas pendant une explication de texte et m’a demandé le texte de mon exposé pour qu’il le photocopie (et à la fin du cours il m’a parlé avec son copain pendant une heure) ; le prof est même venu me demander si je n’étais pas normalien car j’avais beaucoup d’aisance — je lui ai dit que je terminais une maîtrise de théâtre et mon aisance à parler — mais non, il m’a interrompu en me disant qu’il me parlait de l’aisance de mon style, la façon dont j’ai su amené subtilement mes idées dans un plan à moi tout en suivant le texte mot à mot — m’a demandé de passer le CAPES (quand je lui ai dit que j’étais en licence d’histoire !) et ce que j’allais faire.
Tout cela devrait me combler, je devrais être fier, sinon avoir du plaisir à écouter tout ça, et pourtant je ressens un profond malaise, une gêne intense à être mis en avant.
Pourquoi ?
Sentiment de culpabilité. Coupable de ne pas mériter tout ça.
Coupable aussi de ne plus me sentir partie intégrante dans ma famille, n’ayant plus les mêmes codes. Coupable de ne pas l’accepter telle qu’elle est devant les rares étrangers qui la côtoient. Coupable de ne pouvoir rien faire pour eux, mais sont-ils en demande ? Les rêves philanthropiques qui me chatouillent depuis 17 ans — sauver le monde ! — ne sont que : sauver chez moi. L’image chaotique du monde, c’est celle donnée, d’une séparation non expliquée et d’un père absent (à l’usine ou au bistrot), et son retour-terreur (ma sœur et moi nous enfermions dans notre chambre — j’ai fait un lapsus, à la place de chambre, j’ai écrit : chance).
Coupable de ne pas adhérer au monde, de vivre dans une sorte de « flottement intérieur » comme dit Masson à propos de Lorenzo. A 19 ans, je me suis identifié à lui, le petit maigre, ce lendemain d’orgie ambulant, mais aucun metteur en scène n’a encore pensé Lorenzo non comme un jeune premier mais comme un jeune premier détruit ou encore raté.
Coupable de ne pas suivre ma première illusion : être acteur !
Coupable d’en être dégoûté, dégoûté comme du sexe, dont je ne peux ni l’un ni l’autre me séparer.
Coupable de ne pas arriver à faire mon travail universitaire (ah ! la panne), de ne pas écrire à Tissier.
Coupable de ne pas envoyer mes feuilles de sécu, de ne pas rédiger ma lettre de postulation (prof de théâtre A3).
Je sombre dans l’innommé comme dans le sommeil. Mon corps se tend. Coupable de ne plus faire de sport, de laisser mon corps s’endormir, de le laisser prendre une difformité (grêles épaules, ventre flasque, jambes faibles) et de laisser mon visage s’abîmer (calvitie, rides précoces).
Coupable de ne pas vouloir être beau. Coupable de ne pas être un bonhomme, mais un ange déchu (sans sexe et avec le vice du sexe, le diable castré !). Coupable de ne pas savoir séduire, de ne pas pouvoir baiser une nana, si belle soit-elle. Qui voudrait de moi d’ailleurs ?
Coupable d’être encore trop théâtral et en même temps coupable de me retirer de la vie, de prendre beaucoup moins partie. Réduire sa part de comédie, mais jusqu’à quel point monsieur Malraux ?
Coupable de mes déchirures, coupable de mes paradoxes, coupable de pactiser avec le monde en me vautrant dans l’inaction depuis si longtemps — ah faire quelque chose !
Coupable d’être un romantique en retard, un cliché de personnage romantique, un maudit raté, coupable de ne pas poursuivre.
Coupable de ressentir presque un soulagement dans l’écriture, mais coupable de ne pas écrire, de buller dur, alors que mes feuilles m’attendent. Feuilles de papier, feuilles d’arbres, feuilles mortes, sexes féminins. A quand la renaissance ? Souffrance du bonhommoi — coupable de ne pas trouver. Tristesse au fond de quoi ? au ventre ?
Je m’épuise bien sûr, je gâche les plus belles années de ma vie (de 17 à … ans ?).
Coupable de ça, coupable du surmoi, coupable de moi, d’être. Un histrion !
J’ai une ancre dans les côtes — coupable de ne pouvoir prendre le large.
Coupable du dégoût pour les célébrités, les mondanités — ce que j’espérais ! Coupable aussi du désir du retour à ces mondanités. Coupable de faire du théâtre. Je suis bien en littérature parce que je suis seul. Coupable de vouloir l’être.
Quand je serai guéri, je m’enfermerai dans une maison et j’écrirai, un deux trois six livres — comptabilité de la souffrance — j’ai beaucoup dans le passif et si peu dans l’actif.
J’aimerais n’être pas sincère en écrivant tout ça, mes enfants, mais rien à faire, j’ai 24 ans dans quelques jours et je n’ai rien fait : pas de Hans d’Islande, pas de Bateau ivre, pas de Lorenzaccio et encore moins de badinage avec l’amour, pas un rôle-titre, pas une beauté dans la vie, RIEN ! hein !! ah ma colère ma colère quand exploseras-tu quand sortiras-tu de ma cage thoracique et crânienne quand hargne viendras-tu m’écrire Banlieuzarts ? Tous mes livres ne sont peut-être que des rêves…
Il faudrait finir mais pas dans du lyrisme. Merde.
 
 
 
… c’est très flou, c’est dans Jules César de Shakespeare… il y a beaucoup de personnages qui passent… il y a Thésée… il y a Phèdre, une blonde aux cheveux tenus magnifique… et d’autres personnages de la mythologie grecque (peut-être Œdipe)…
 
Ai vu hier soir Jules César adapté de Shakespeare avec Brando dans le rôle de Marc-Antoine. Autre remarque : j’avais beaucoup de fièvre en m’endormant (sorte de grippe).
 
 
 
31/12/89 :
Je suis serein, je parle à une dame dans la rue, une autre est là, et la première me demande quelque chose sur ma famille et je dis non car ma mère est morte — je deviens tout d’un coup triste, énormément triste — tout mon corps me brûle atrocement — j’ai envie de vomir — je pleure je crie je souffre — le chiffre 57 revient dans ma tête comme un nombre d’années et moi qui croyait qu’elle mourrait après mon père — je suis très mal — on entre dans une maison qui ressemble à celle de Saint-Gérand — …

Par jam - Publié dans : Approche autobiographique
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*Trois de mes pièces jouées par le Théâtre Jehan d'Abondance. Cliquez ici pour savoir.

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