Samedi 19 mai 2007 6 19 /05 /Mai /2007 21:57

 

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Milan, collection "Macadam" (à partir de 13 ans).


Quatrième de couverture : Ijaz est soldat. Obéir, se battre, même tuer parfois, Ijaz n’a pas le choix. Il a oublié pourquoi il fait tout ça. Il le fait, voilà tout. Mais un jour, lors de l’attaque d’un village, on lui en demande trop. Sa seule issue : fuir. Et essayer de se reconstruire, de réapprendre à vivre… À quinze ans, tout est possible.

 

 


 
 
 
Extrait 1 :
 
La respiration était saccadée, le corps clos. Comment allait-il faire ? Tout à l’heure il en avait peur, maintenant il ne désirait plus que cela : voir le visage fermé au monde qui le meurtrissait.
Ce geste — quel geste ?
Il ne savait lequel faire. Dans la guerre on n’apprend pas ce genre de gestes. Et avant ? Avant, on avait bien dû lui apprendre, il avait bien dû en voir faire, on lui en avait même fait, non ? Il était incapable de se souvenir.
Mais il savait qu’il fallait qu’il fît ce geste, le seul qui pouvait témoigner — de quoi ? Trop de questions l’envahissaient, il ne savait plus pourquoi il était là, ni où, et qui était ce fantôme tremblant sous le drap ?
Ce fantôme… c’était bien déguisé ainsi qu’autrefois il allait avec les autres enfants du village, la nuit des morts, rendre visite à ceux-ci au cimetière, et sans les parents, trop impurs… et les gestes codés, les pétales déposés avec grâce, l’eau versée doucement par gouttes, et enfin, après la caresse de Lara, une nuit, cette nuit… et son regard… après… les chants joyeux qui demandaient aux morts de pardonner aux vivants que nous sommes le bruit que nous osons faire dans la terre avec la charrue ou le fusil — pourquoi ce souvenir à cet instant ?
Ijaz se sentit dénudé. Les larmes, retenues depuis si longtemps, déchirèrent son visage comme une lave qui s’unit à la mer, lui arrachèrent un gémissement, un petit cri animal… et il se débattait, ne comprenait pourquoi surgissait de son oubli ce souvenir, pourquoi ce corps, ce souffle lui ouvrit la mémoire pour laisser fuser ce souvenir heureux, cette caresse de Lara qui permit à Ijaz le droit d’espérer — l’obus déchira aussitôt le visage de Lara, son cri anéantit son sourire et Ijaz ne put, impuissant, chasser ce nouveau souvenir, et il pleura, pleura comme un enfant…
Il pleurait, les mains empoignant son visage comme pour le démolir. Pourtant, peu à peu, il se rendait compte que ses larmes, contenues depuis si longtemps par peur de la douleur trop intense, ne coulaient pas comme le sang, comme il l’avait cru, non… ses larmes lui faisaient du bien, il en eût presque ri… et le souffle sonore qui sortit de sa bouche fut comme un soulagement.
Il releva la tête, essuya avec sa manche ses yeux, ses joues. Il voyait mieux maintenant : tout était presque clair, sa rétine ayant oublié la dureté du soleil. Il se tourna alors vers le corps car il lui sembla — oui, le drap s’était abaissé, apparaissaient des cheveux défaits qui cachaient un visage : c’était elle qui avait fait le geste.
 
 

 
Extrait 2 :
 
Le jour avait chassé la nuit affaiblie, entamant son cycle qui culminait au solstice d’été. L’obscurité s’affaissait, débusquée de tous les recoins : Ijaz regardait par la fenêtre mourir la nuit, et pour la première fois depuis des mois il ne parvenait pas à se décider à sortir travailler. L’eau glacée avait pourtant fini par l’éveiller tout à fait au monde.
Il n’avait pas envie. Pas envie d’affronter cette journée…
Pourtant, il prit son seau d’eau sale pour aller le vider, lorsqu’il entendit…
Quoi ? quelque chose qui grinçait dans la cour…
… ce n’était pas la chaîne du puits, puisqu’elle grinçait aussi…
… c’était un bruit aigu, qui se cherchait…
… un son…
… un son qui perça soudain, vibrant, et toute la voix se déploya dans la chanson — Ijaz sortit avec son seau.
Sur la margelle, une robe et un foulard oranges serrant un corps qui ramenait difficilement le seau jeté au fond, plein d’eau, cognant contre les parois, et plus l’effort était violent et plus la voix devenait translucide, la chanson claire… une chanson, oui… une chanson d’amour… était-ce possible encore ?…
… ce corps, de dos, ce mouvement de voiles, la voix…
Il voulut s’approcher — glissa sur de la glace, tomba en reversant le seau qui l’éclaboussa !
La fille se retourna : Ijaz, le cœur pétri de honte, ne vit que ses yeux fauves, s’effaçant dans un soupir de peur, et puis qu’un corps ondulant dans les voiles oranges un seau plein à la main.
 
 
 
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Par jam - Publié dans : Romans
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